jeudi 5 août 2010

ma première laveuse

On dira ce qu'on voudra, mais c'est une sacrée décision ce genre d'achat...
D'abord, on cherche où l'on ira l'acheter. Où sont les meilleurs prix. On demande conseil, on jette un œil aux offres d'occasions. Mais non, on veut du neuf. Ça, au moins, c'est décidé. On a trouvé le magasin qui offre de bonnes occasions : machines neuves qui ont une éraflure ou en fin de stock. Alors un matin on prend sa carte de crédit à deux mains (et son courage accessoirement), et on va au magasin.
On se dit que c'est surtout pour se renseigner. On le précise d'ailleurs au monsieur qui, avec beaucoup de professionnalisme, répondra à toutes les questions qu'on posera (après que l'on ait précisé qu'on n'y connait pas grand-chose) et orientera l'éventail de choix en fonction de nos désirs.
Le téléphone du magasin sonne régulièrement, permettant à ma personne de réfléchir silencieusement, et d'angoisser un peu, il faut le dire...
Pensons-y. Même avec 25 % de rabais, une laveuse (frontale, à l'européenne, cela va de soi) coûte au plus bas 650 $ (ajoutons les taxes!). C'est le prix d'un ordinateur correct aujourd'hui (je sais, j'en ai acheté un ce prix-là il y a 3 jours pour une amie!). C'est aussi le prix d'un billet pas cher pour la France.
Mais les conseils du vendeur, en fonction de la consommation, de la garantie, du bruit (etc.), m'aident à réduire les choix. Bon, il y en a plusieurs qui ont été éliminées d'office : trop chères! Mais parmi les autres, à quelles marques faire confiance? Sur quoi se baser?
Je vois bien que le prix équivaut à un mois de loyer complet. Les taxes vaudront les charges d'électricité et d'eau! Ça fout les boules, non?!
Et qu'est-ce qui me dit que ce mec ne cherche pas à vendre à tout prix? Qu'est-ce qui me dit aussi qu'avec ma chance de fou je ne vais pas tomber sur le seul modèle défectueux de cette série "dont personne ne s'est jamais plaint"!?
Pouvez-vous imaginer combien de repas entre amis je peux organiser pour le prix d'une laveuse? J'ai calculé, avec la moyenne que je dépense par soirée de ce genre (repas et boissons, pour une dizaine de personnes), je pourrais en faire 8 environ (donc 8 mois avec un repas par mois!). Je pourrais aussi financer presque la moitié de mon prochain grand voyage!
Mais il me la faut cette laveuse. C'est la fin de l'errance d'appartement en appartement, alors ça doit aussi être la fin de l'errance de machines à laver.
Je regarde parmi les moins chères des marques connues. Je demande au vendeur la raison de la différence de prix de 50 $ et ses conseils. La réponse semble honnête : le modèle le plus cher est une marque plus connue, européenne, qui inspire plus confiance; le deuxième est une marque internationale qui vend à plus grande échelle. Le conseil est clair : le moteur est garantie 10ans sur la moins chère, et c'est un modèle quasiment entièrement silencieux (moteur à induction donc sans frottements...), le deuxième est plus esthétique (un peu ouais! il est rouge!!), mais plus gros et plus bruyant que l'autre.
Alors je me dis une dernière fois que j'ai besoin d'une laveuse... Sauf que, quand même, j'aimerais bien que Mam' soit là pour confirmer mon choix.
Aller, je suis une grande fille maintenant, non? Je suis capable de choisir seule un ordinateur pour ses composantes, toute seule aussi un billet d'avion pour le prix le plus compétitif, de trouver chaque fois les moyens de transport les moins chers pour certains voyages...
Mais quand il a fallu acheter une lampe pour ma chambre, qu'il a fallu trouver les ampoules qu'il fallait changer dans l'appartement... j'ai mis un temps fou à me décider (lumière bleu ou jaune? Lampe sur pied blanche ou noire? Avec abat-jour ou ampoule apparente?...). Alors vous imaginez qu'une laveuse...
Et puis, une laveuse, on veut de la qualité, on veut qu'elle fonctionne bien, on sait quelles qualités on cherche... Mais on ne voudrait pas qu'au bout de 4 ans elle fonctionne toujours, mais qu'elle nous énerve tellement à cause d'un petit défaut qu'on aurait envie de s'en séparer alors qu'on est "pogné" avec! ... Non mais on dirait que je magasine un homme!


"Je la prends, m'sieur."
Alors on fait le tour de la machine, on regarde les "poques" qu'elle a. Une rayure ici, une marque là. Toutes les petites choses qui font qu'elle est 25 % moins cher, parce qu'elle a mal voyagé.
Tout à coup, on veut que ça aille vite. La décision est prise. Les dés sont jetés; rien ne va plus. Amène la machine à sous pépé : je sors la carte. Livraison dans deux semaines, quand je serai chez moi.

À la sortie du magasin, il n'y a qu'une seule pensée qui m'obsède...
On dit toujours aux filles qu'elles deviennent une femme le jour où elles ont leurs premières règles. C'est faux. Elles deviennent simplement ados, elles quittent le cercle innocent de l'enfance. Le jour où elles font l'amour pour la première fois, elles sont indubitablement plus Femmes. Mais c'est la femme amoureuse et séductrice qu'on devient à ce moment-là. Et il n'y a pas que cette femme-là. Il y a aussi la femme autonome financièrement et mentalement, celle qui envisage le futur, qui calcule et prévoit. L'anti-glamour. C'est cette femme-là qu'on devient (sans effacer l'autre femme!) quand on achète sa première laveuse.



mercredi 4 août 2010

Sale temps

Il fait chaud et horriblement humide.

On ne sait plus comment s'habiller... Trop chaud pour se couvrir, mais si on ne se couvre pas, on a peur d'avoir froid à cause de la pluie!
On sait que le parapluie ne servira à rien. On a bien vu le vent dehors.
S'il pleut en version mousson, de toutes façons, il n'y a pas que la tête qu'on veut protéger!
Mais la simple idée de l'imperméable ou de la cape de pluie suffit à se sentir moite de chaleur. On s'imagine déjà la sensation du tissu plastifié collant à la peau à cause de la pluie qui tombe, et indécollable à cause de la transpiration, inévitable là-dessous par une telle chaleur.
Finalement le parapluie nous arrive quand même plus!
Mais comme le bas sera trempé, il faut trouver des chaussures qui ne craignent rien. Éviter le cuir. Éviter les tennis en tissu qui mettront 10 ans à sécher à cause de l'humidité ambiante...
On aurait envie d'y aller pieds nus.
D'ailleurs, la solution serait d'y aller entièrement nu. Les vêtements dans un sac en plastique pour quand on sera au sec.
Mais aller où, de toutes façons? Qui a envie de sortir par ce temps?
C'est un temps à rester dans son lit (mais, pas sous la couette : il fait trop chaud!). C'est un temps à manger des tartines de Nutella, du chocolat et de la crème glacée. C'est un temps parfait pour la déprime passagère.

Ouais, bon, c'est pas tout ça, mais j'ai rendez-vous en ville... Alors, je m'habille comment? Je mets quoi comme chaussures?
Retour à la case départ.

mardi 20 juillet 2010

C'est chez moi

Chaque objet à sa place.
Cela fait des mois qu'on n'a pas été là, mais on sait où chaque chose doit aller quand on range la vaisselle. On sait où attraper le moindre ustensile quand on fait la cuisine.
Cela n'a l'air de rien, mais ne pas avoir à chercher où brancher à la fois l'ordi, le téléphone portable et la batterie de l'appareil photo à quelque chose de très plaisant. Cette sensation de la chose familière, presque immuable.
Ho, bien sûr, certaines choses ont changé. Les objets usés ont été remplacés (mais leur suppléant occupe la même place), d'autres sont venus s'ajouter aux armoires. De façon plus rare, certains objets ont simplement disparu. On les cherchera un peu, puis on finira par demander et par comprendre.
Mais en rentrant chez soi, ce sont aussi les habitudes de vie que l'on retrouve.
Faire pipi la porte ouverte pour continuer la discussion qu'on a entreprise avant que l'envie ne vienne.
Inviter des amis, aller en voir d'autres, à n'importe quel moment, connaissant leurs habitudes et leur rythme de vie, de la façon qui me plait, ayant à disposition tous les moyens de transport que je pourrais vouloir et n'ayant qu'à choisir celui qui me plait le plus.
Prendre mon petit déjeuner avec ma mère, après être rentrée aux aurores, et discuter longuement de nos rêves de la nuit ou de nos projets du jour. Ou prendre le petit déjeuner seule sur la terrasse, avant que la ruelle ne soit éveillée. N'entendre que le bruit du vent, des oiseaux, des écureuils qui se coursent dans les arbres, et quelque corde à linge coulisser. Bientôt les enfants sortiront et les bruits ne seront plus les mêmes.
En rentrant chez soi, on retrouve aussi les lieux que l'on aime.
Par exemple, le café où le patron va nous regarder, une amie et moi, assez étrangement: on peut lire sur son visage qu'il nous connait, mais qu'il ne sait pas comment. Quand il réalisera qu'il retrouve deux clientes fidèles, il nous accueillera une deuxième fois avec beaucoup plus de chaleur. Il nous offrira une petite dégustation de son nouveau produit, excellent. Geste commercial, certes, puisqu'on reviendra tellement c'était bon, mais geste touchant puisque nous sommes visiblement les seules qui y ont droit!
Enfin, se sentir vraiment à la maison, parce qu'il n'y a aucun endroit qu'on ne connaisse aussi bien, que ce soit dans l'intérieur de la maison ou dans la ville entière. Ce sentiment de familiarité et de possession n'est aussi fort nulle part ailleurs.

jeudi 1 juillet 2010

Les yeux du bonheur

Elle est heureuse. Le sourire et les yeux le crient.
De la tendresse et du bonheur, voilà ce qu'elle respire. La chaleur du métro et la masse de monde n'ont aucune tangibilité dans ce moment.
Sa petite fille à côté d'elle lui parle avec animation. Comme elle n'entend pas bien, elle doit se pencher vers elle, la faire répéter parfois quand cela n'a pas suffit. Elle comment ce qu'elle a compris, et sa petite fille rit, répond, et semble clairement partager la joie de cette complicité. En la regardant rire, la vieille sourit, et ses yeux débordent d'affection.
Elle a les mains qui tremblent, alors, pour ne pas que ça se voit trop, elle les agite beaucoup en parlant, parfois elle replace ses cheveux, ou une mèche de ceux de cette belle jeune fille à côté d'elle (mèche qu'elle regarde retomber sans s'offusquer), ou elle tripote son collier, mais elle pose rarement ses mains sur ses jambes. On pourrait s'inquiéter pour elle si l'on voyait.
Les yeux bleus, les pattes d'oies à leurs coins, les joues pleines, le reste du visage peu ridé. Et le sourire timide et doux. Comme si elle ne voulait pas trop afficher son bonheur de partager ce moment avec cette jeune fille pour ne pas la gêner dans son bonheur à elle. Mais retenir son sourire fait exploser le bonheur par ses yeux. Charmant.

jeudi 17 juin 2010

Là haut...

Combien de mètres d'altitude? Je ne sais pas.
Mais c'est haut! C'est presque au plus haut, on a l'impression de dominer le reste du paysage.
À perte de vue des montagnes, des pics, des rochers, des arbres, de l'herbe... et des nuages cachant de temps à autre ce soleil éclatant.
Le bruit du vent, des oiseaux, des abeilles et autres insectes.
Quand même, pour nous rappeler que nous ne sommes pas vraiment seules au monde, il y a régulièrement un klaxon qui résonne en bas de la montagne. Ce klaxon qui dit "je suis de l'autre côté du virage, et j'espère qu'il n'y a personne qui arrive!". Mais vraiment, c'est juste pour nous rappeler à la réalité de ce bas monde et ne pas se croire dans un quelconque paradis.

Le dos collé à la froideur de la pierre d'une église, le reste du corps ronronnant de la chaleur du soleil. Le vent qui empêche la sensation de canicule, et qui, se prenant dans les hautes herbes, donne, lorsque l'on ferme les yeux, l'impression d'être en bord de mer.
Un lézard plus loin, qui se dore. Et si l'on y pense, je suis un peu un lézard à ce moment précis.

Il y a une certaine jouissance à faire pipi au milieu des hautes herbes, en contemplant une araignée visiblement endormie, en regardant un paysage où il n'y a visiblement aucune habitation, aucun pèlerin, personne.

Il y a une plénitude certaine à faire une sieste sous un soleil, plombant s'il n'y avait pas ce petit vent parfaitement rafraichissant, et à se réveiller groggy de soleil.

Rien que cela permet de comprendre pourquoi les Corses aiment tant leur île... et la sieste!